DU 7 SEPTEMBRE AU 21 DÉCEMBRE

DU 7 SEPTEMBRE AU 21 DÉCEMBRE
Photo: Francine Lavallée, septembre 2008, au Monastère de Tiksé, Ladakh.

vendredi 17 décembre 2010

19 - Dernier tournant d'Himalaya

On a beau travailler de tout son esprit sur l'impermanence des phénomènes, les fins de voyage portent toujours leurs lots d'émotions incontournables.

Les dernières semaines ont filé comme des étoiles dans le ciel d'août.  Décembre apporte ici des nuits et des matins plus froids (5 à 7 degrés) et les hauts sommets himalayens sont couverts de neige, comme le Québec. 


Vous me posiez la question dès mon arrivée ici: As-tu rencontré Matthieu Ricard?  Eh bien oui! Nous nous sommes littéralement foncés dedans!  
C'est en faisant kora autour du Grand Stupa de Bodanath que nous avons eu ce face à face!  "Matthieu Ricard!" ai-je dis;  "AH! Un Canadien!" a-t-il répondu!  Puis on a échangé quelques mots.  J'étais honoré, en lisant son livre sur la méditation, de réaliser que le Séjour Méditatif que j'ai construit il y a deux ans, correspond exactement aux mêmes enseignements et aux mêmes sources auxquelles il a puisé pour écrire son bouquin.  Je lui en ai fais part, avec humilité et respect, bien sur!   Puis nos routes se sont séparées sur des salutations fort cordiales.

Ces dernières semaines se sont remplies de rencontres plus qu'amicales.  J'ai retrouvé des amis Australiens avec lesquels j'ai passé toutes mes journées. Ensemble, nous avons pris tous les enseignements possibles de notre cher grand lama, Zopa Rinpoché, puis nous avons passé le reste du temps à nous balader, à effectuer des koras et à allumer des offrandes (lampes à beurre) à tous les soirs que la rotation terrestre nous offrait.  Puis je me suis fais quelques bons copisnes et copains français avec qui je terminerai ce soir mon séjour au Népal.

Ce pays magnifique qu'il faut prendre tant par la porte des amitiés que celle des enseignements du bouddhisme tibétain (encore tellement vivant ici), me porte toujours plus à croire que j'ai une vie montréalaise et une vie himalayenne.  Ici comme au Ladakh, j'ai retrouvé mes racines profondes; mes frères et mes sœurs d'un tout autre monde.  Demain, je reprendrai le ciel vers Delhi, non sans un léger pincement, mais aussi avec la joie préparée du retour ai la maison, nourrit de toutes ces rencontres intérieures et extérieures.
 
Mon cher ami Lama Dorjé, celui qui m'a offert son fameux zen qu'il avait reçu de Penor Rinpoché, continue de me dire "Next time I will see you...   you will be a monk!!"  J'ai un petit sourire en coin à l'idée que pour les bouddhistes (tibétains) que nous sommes, les vies sont multiples et le temps presse peu quand il s'agit d'avancer vers les buts ultimes.  "Je serai peut-être en robe dans une prochaine" vie lui ai-je encore une fois répondu!  Et comme je l'ai dit si souvent, j'ai eu tellement de vie, rien que dans cette vie-ci!  
Et puis, ne suis-je pas déjà un peu contemplatif ;-)

Mon séjour ici m'a aussi permit de rencontrer personnellement Lama Lundrup, l'abbé du Monastère de Kopan, un de mes deux maîtres tibétains.  Je reviens lentement vers chez-nous en emportant dans mon grand sac une bonne quantité de devoirs à accomplir sur la voie que j'ai choisi.  J'ai aussi failli rencontrer ce cher Lama Zopa, mais son horaire chargé transformera heureusement notre rencontre tant espérée...  en lettre!  Je pourrai lire ses mots autant que je le souhaiterai, d'autant plus qu'ils me seront personnellement dédiés.  Ce matin, au monastère de Kopan, quand on m'a dit cela, la déception n'a pas eu le temps de naître, j'étais plutôt ravis à l'idée que les écrits demeurent alors que trop souvent, les paroles sont difficiles a reconstituer après de pareilles rencontres maître-élève.

Ce soir, encore une fois, je serai au petit resto tibétain Double Dorjey pour savourer une thentuk, une bonne platée de frites et une pointe de tarte aux pommes maison, arrosés d'un breuvage chaud parfumé au gingembre-citron-miel.  Deux amis français seront de la table ainsi que mon frère népalais-tamang, Bijay Lama Moktan, celui qui peint ces magnifiques tankas que vous avez sans doute pu voir sur les murs de ma petite salle de méditation.  Ce soir, il m'apportera deux autres œuvres de son atelier:  (pour ceux qui connaissent...) un du Bouddha de la médecine, un de Jay Tsong-Kapa, le créateur de l'école Guelug du bouddhisme Tibétain, dont le Dalaï-Lama est le représentant.  Enfin, je rentrerai dormir une dernière nuit au monastère sakya Tharlam où, demain matin, je serai réveillé par le son des gongs et les psalmodies des petits moines.  À sept heure je prendrai mon taxi vers l'aéroport Tribuvan pour un vol de 80 minutes longeant les himalayennes montagnes dorées par le levé de soleil... direction Delhi.

J'aurai deux jours et demi sur la capitale indienne pour préparer mes bagages, avec l'espoir ne pas avoir de surcharges (les règles aériennes ont encore changé en novembre paraît-il!) puis le 21 au matin, à trois heures, je quitterai l'Inde vers Francfort, puis Francfort vers Munich, pour ensuite rentrer à Montréal.
Classe affaire tout le long!  Mes points Aéroplan auront bien servis!

J'ai hâte de revoir mon amour, de retrouver la neige et de vous rencontrer au fil des jours de 2011. 

Revenez visiter le blogue, j'aurai sans doute d'autres mots à vous écrire d'ici Noël!

Soyez en paix dans cette blancheur hivernale, je vous retrouve bientôt!

Raymond Thundup  ;-)

samedi 27 novembre 2010

18 - Le cadeau de Penor Rinpoché

Je suis arrivé dans la ville "mythiquo mystique" comme je l'avais souhaité le sept septembre dernier, en quittant Montréal. Non sans crainte de ne jamais arriver ici comme vous le savez.  Mais j'y suis!  Voilà! Et les jours passent, se remplissant au fur et à mesure de toutes les surprises qui m'attendaient aux détours des sentiers.

Je loge bel et bien au Monastère de Schechen depuis le 21 novembre, jour de mon entrée au pays de l'Everest et des Annapurna. Comme je n'avais pas réservé pour plus de cinq jours (au cas...), j'ai quand-même pu prolonger ma réservation jusqu'au 28.  Le 29 au matin, je déménagerai dans un monastère Sakyia liée à la lignée du frère de Sakyia Trinzin (pour ceux qui connaissent), le Monastère de Tharlam, plus à proximité du Grand Stupa (voir la photo plus bas) que celui où je suis en ce moment. 
Pour ceux qui m'ont posé la question:  non!  Je n'ai pas vu Matthieu Ricard depuis que je suis à Schechen!

J'ai cependant fait des rencontres, et des retrouvailles fort joyeuses, à commencer par mon ami moine, le petit Lama Dorjé.  Il est LE moine du monastère qui se trouve juste en face de l'entrée su Grand Stupa de Bodanath.  Un monastère de la lignée Nyingma  J'étais au balcon lorsqu'il m'a aperçu.  Il complétait une kora autour du monument mythique aux grands yeux de Bouddha.

Tous les jours, à toutes les heures, des centaines de tibétains et de fidèles de tous les horizons, parfois entremêlés de touristes venus voir le plus gros monument bouddhiste du monde, circulent lentement autour du stupa. Tous, récitent des mantras et des prières dans un silence qui laisse filtrer les chants tibétains lancés par les haut-parleurs des boutiques qui vendent des articles innombrables liés à la tradition bouddhiste tibétaine. 

Le sourire de mon ami lama était grand et joyeux, comme celui d'un frère qui retrouve son ainé après une longue séparation.  Nous nous étions laissé sur des bénédictions mutuelles il y a deux ans.  L'année dernière je lui envoyais un petit don par une amie népalaise vivant a Montréal qui venait voir les siens, ici, à Bodanath.  Il m'a pris par le bras, m'a emmené dans la grande salle du monastère fermée pour rénovation (on enferme les statues des bouddhas derrière des vitres pour éviter que les dévots et les touristes ne les abîment en leur lançant des pièces de monnaie), puis d'un ton joyeux il m'a dit: "I am so happy to see you! So happy!".  Il a ensuite enlevé le zen qu'il portait (cette grande pièce d'étoffe, rectangulaire,  dont les moines se couvrent les épaules et les bras), il m'a enveloppé dedans dans un geste religieux et assuré, puis il a allumé une chandelle m'invitant à allumer une lampe à beurre devant chacun des bouddhas.  Une offrande pour Sakyamuni, une pour Guru Rinpoché et une pour Amitabha.  Après m'avoir invité à effectuer une offrande d'eau, nous nous sommes assis et il m'a dit: "Je t'offre ce zen, car ta venue ici m'apporte tellement de joie!". Devant ma réticence à accepter un tel cadeau (c'est un précieux vêtement de moine après tout!) il m'a dit: "Don't worry!  My master Penor Rinpoché gave me three of them two years ago, just before he died, so this one is for you!  Next time I'll see you, you will be a monk!".  Avec le sourire et le cœur chargé d'émotions, j'ai répliqué que j'avais trop de monde à chérir a Montréal pour devenir moine maintenant ;-)

Voilà les premiers moments de mon arrivée au Népal!

Les jours ont depuis été remplis de rencontres avec tous ces frères Népalais à qui je n'avais pas encore officiellement annoncé ma venue, à cause de toute cette incertitude entourant le visa Indien.  J'ai reçu tous les éclats de joie imaginables.  L'ami qui peint des Tankas veut m'en donner une dizaine pour que je les vende à Montréal, à mon propre profit; l'ami qui a une boutique d'articles de plein-air m'a emmené en montagne sur sa moto (Oh la la!  Les routes népalaises!);  l'ami qui tient une boutique d'articles tibétains a voulu que l'on passe une soirée ensemble, dès le premier soir, autour d'une bolée de soupe;  j'ai fait la rencontre d'une bande de Français et de Suisses venus recevoir les enseignements d'un grand maître Ngyingmapa (Chokyi Nyima Rinpoché);  J'ai retrouvé tous ces marchands avec lesquels je prend le temps de recevoir des nouvelles de leurs vies; j'ai aussi retrouvé tous mes amis moines et laïcs du Monastère de Kopan où se trouvent mes deux maîtres, Lama Lundrup et Lama Zopa Rinpoché.

J'occupe mon temps à manger, marcher, lire et écrire, à faire des rencontres, à effectuer des koras autour du Grand Stupa, à méditer et à vous écrire, parce que je pense à chacun et chacune de vous à tous les jours!  Vraiment!  De Québec a Knowlton, de Dortmund à Auray, de Montréal à Blainville, de Toulouse à Crabtree, de Laval à Joliette: vous êtes tous un peu avec moi, dans la petite poche de mon sac a dos (la petite poche de mon cœur est réservée à mon chum...  m'en voulez pas j'espère!)

Ce midi, je me suis rendu au Monastère de Kopan pour déposer une lettre.  Je serais heureux de pouvoir rencontrer mes deux maîtres en privé.  On verra.  Mon bon karma fleurit ma route depuis décembre 2009 et j'espère que ça continuera!

Et le temps qu'il fait?  Les nuits et les matins sont frais, mais le soleil a vite fait de nous redonner des températures douces semblables à celles de la mi-septembre au Québec.  La saison des pluies étant passée, il fait beau et on peut apercevoir les plus hauts sommets du mondes qui s'offrent en spectacle.  C'est bon, c'est beau et je souhaite vous y emmener un jour!

Voilà pour les nouvelles!

Au plaisir de vous retrouver sur cette page...  le plus tôt possible!

Affectionneusement,
Thundup Raymond

samedi 20 novembre 2010

17 - En route pour kathmandou!

Il était deux heures et quarante, le jeune veilleur de nuit dormait comme un rondin abandonné sous la neige au cœur de l'hiver.  Couvert par-dessus la tête de sa couverture de laine, il ne m'a ni vu, ni entendu arriver près de la porte de sortie!


Mon taxi, prépayée, était prévu pour trois heures.  Les départs internationaux sont toujours trop tôt  ici, même pour les pays limitrophes.  Le taxi ne s'est pas pointé à l'heure prévue.  J'ai du réveiller le jeune tibétain de son sommeil de bois.  Il ne savait plus comment entrer dans ma gigue du voyageur.  J'ai moi-même due trouver le numéro de la Cie de taxi!  Il a appelé...   sans succès!  J'ai du appeler à mon tour, pour finalement trouver un chauffeur lui aussi endormit.  Ah! L'automne indien!  Il est arrivé dix minutes plus tard!

La ville de Delhi est magnifique la nuit.  Personne dans les rues, ou presque!  Quelques rickshaw-walas endormis, quelques policiers qui veillent, quelques taxis qui vont vers l'aéroport, mais pas une vache, pas un chrétien!  Comme si le conducteur tardif avait voulu se racheter, il m'a fait passer par des portions de la capitale que je ne connaissais pas.  J'ai même vu les installations des Jeux du Commonwealth.  Un énorme "bien commun " qui j'espère servira aux vrai monde d'ici.

Puis je suis arrivé au terminal trois d'Indira Ghandi Airport, en avance d'une demi heure!  Pourquoi s'en faire quand il y a tant à chanter!  (Petit clin d'œil a l'envers, à la mémoire de la  Louise Forestier des années soixante-dix).  Je me suis offert un bon cappuccino.  Oui! Ils ont du vrai café en Inde, maintenant!  Ah les jeux!  Mes bagages enregistrés, je suis passé par les détecteurs et par l'officier d'immigration qui était lui aussi affecté par l'automne indien.  Même pas un rictus en coin de bouche!  Ils sont pourtant si beaux ces indiens lorsqu'ils nous montrent leurs dents dans une ouverture en banane ;-)

Si je vous écris ces mots, c'est bien que je suis passé...   de l'autre côté!   Pas de restriction!  Tout coule comme dans un ruisseau de printemps!  Je serai donc à Katmandou une journée plus tôt, parce que j'ai changé mon vol, hier, au bureau même de la compagnie Jet Airways.  Je n'ai aucun plaisir à attendre une journée de plus dans cette ville qui me reverra trois jours durant, avant mon départ pour le Québec.  Je serai donc installé au Monastère de Shechen, ou je verrai peut-être Matthieu Ricard.  J'aimerais bien passer un moment à lui parler celui-là!  J'aurai aussi le plaisir de rencontrer un moine d'origine américaine (de Seattle), référence donnée par une vieille photographe rencontrée dans le bus de Dharamsalla à Delhi, il y a trois semaines.  Puis, je retrouverai mes amis de cœur, mes frères Népalais Bijay, Manoj et tous les autres. 

Mes projets?  Plein de koras autour du Grand Stupa de Bodanath; Plein de bons arrêts au café Flavors ;  Plein de belles rencontres avec tout un chacun; Quelques heures d'enseignements avec mon mon Lama, Thubten Zopa Rinpoché;  Plein de pas où le bon temps me mènera!  
Il me reste 30 jours d'aventure et je me laisserai porter par le non-obligeant, essayant de vous trouver des mots nouveaux, pour vous offrir des images nouvelles de ce pays que j'aime tant et qui, j'espère, ne sera JAMAIS avalé par la Chine!

L'Aventure Himalayenne continue!  Dernier tiers!  Soyez du voyage! 
Il nous reste certainement quelques rendez-vous!

Depuis Delhi,  Namaskar!
Raymond Thundup

mercredi 17 novembre 2010

16 - Sous le gardenia ...

J'ai due vous citer cette phrase des dizaines de fois, mais elle me semble de plus en plus appropriée: 


"Le monde passe, pis vous autres avec!"

C'est Antonine Maillet qui déposait ses propres mots dans la bouche de la Sagouine.

Dans l'expression "le monde", on peut tout inclure: les humains, tous les êtres qui les entourent, la planète sur laquelle ils marchent, etc.  Tout ça pour vous dire que le temps passe aussi rapidement ici que dans le nord de l'Amérique ou de l'Europe, nous rapprochant tous de "quelque chose d'autre". Que cela nous chatouille l'esprit ou nous laisse complètement indifférents, nous sommes plus ou moins conscients de n'être pas éternels.

Les heures passées ici à méditer et à repousser l'ignorance de mes fondements m'ont baigné dans un parfum que je connaissais bien.  Tous les jours, sur ma longue planche de bois, je me suis allongé pour offrir tout mon corps et mon cœur à mes "entraînements de l'esprit".  Une odeur connue m'accompagnait.  Un souvenir intense de mon premier maître de méditation qui utilisait ce même parfum pour distribuer ses bénédictions en nous "balayant" la tête de son plumeau (de plumes de paon).  Une espèce de "parfum d'accompagnement", venu d'une autre époque de ma vie.  Je ne me suis pas soucié de la provenance de cette douce fragrance jusqu'au moment ou une dame est venue derrière moi pour cueillir des fleurs blanches dans le petit arbre sous lequel je me prosternais.  Pour la première fois, j'ai découvert le gardénia.  Chanel #5 peut revoir sa garde-robe, le gardénia lui est hautement supérieur! 

Ainsi, pendant les deux semaines passées ici, je n'ai vu que la lumière du soleil sur ma peau et celle qui remplissait ma tête depuis tous ces espaces méditatifs que je me suis donné.  Allez voir l'image qui a été captée il y a deux jours (16-11-2010) et que j'ai intitulée Sous l'Arbre de la Bodhi et vous verrez sans doute ce que la photographe Thaï a vue lorsque qu'elle l'a prise.  "You look great!" m'a-t-elle lancé avec un large sourire accroché aux joues. Voila comment mon séjour ici s'achève.  Je suis allé encore plus loin à la rencontre de ce "moi-même" pour réaliser à quelle point il passe, comme le monde, comme... "Vous autres avec". 

Je suis aussi allé à la rencontre des mendiants et plus particulièrement de certains d'entre eux qui, handicapés par la Polio, (...des jeunes, très jeunes!), ne demandaient rien.  Même pas une roupie.  À eux j'ai donné, pour le simple plaisir de les voir sourire, pour le simple plaisir de coller mon front contre le leur et d'échanger un Namaste!   Du plus profond de nos cœur.  Nous nous sommes rendus heureux, très heureux!  Je suis aussi allé à la rencontre des moines de toutes les traditions et plusieurs sont venus vers moi, pour parler et pour échanger de si précieuses étincelles d'amitié, motivés par un but commun:  grandir!    Je me suis laissé porter par les salutations de tant de monde que je ne connaissais pas. Des jeunes de la rue, des Indiens venus d'ailleurs, des étrangers de l'Ouest et même un petit gardien de sécurité me saluaient à tous les jours, lorsque j'entrais dans le parc du Mahabodhi Temple. Un jour, le dernier est venu me tenir compagnie (il s'ennuyait, comme moi lors de mes longues saisons mortes à la Tour de Montréal) étirant la conversation, me regardant faire mes pratiques et venant vers moi pour me donner une poignée de main chaleureuse suivie d'une grosse accolade en me disant "You are my best friend!  I sad when you go Delhi!"  Il devait certainement manquer d'amitié le grand garçon!

Ma dernière journée à Bodh-Gayâ est belle...  Et bien commencée par ce moment passé à vous donner des nouvelles.  Vive Internet! La poste ne pourrait jamais être aussi rapide!  Je m'en vais maintenant aller prendre le temps qu'il me reste ici, sous l'Arbre; puis en compagnie de certains amis d'ici, pour dîner et pour prendre le thé.  Il fait encore très chaud, je pense à votre automne et j'ai hâte d'arriver au Népal pour trouver un peu de fraîcheur et mes quelques frères qui m'attendent avec impatience.

J'offrirai des fleurs aux bouddhas pour vous tous et pour les vôtres, afin que votre esprit garde allumé le soleil que vous avez reçu l'été durant.  Je vous apporte dans mon sac à dos et je fais le vœux de vous retrouver tous, heureux et en parfaite forme l'hiver venu. Non! Ça ne sera pas mon dernier courrier, il me reste encore 33 jours d'aventure à vous raconter!

Plein se sérénité depuis l'autre bout de la terre,

Raymond Thundup  ;-)

dimanche 7 novembre 2010

15 - Bodhgaya

Dix huit heures de train en compagnie d'une petite famille venue célébrer la Diwalli, la fête des lumières, dans leur région d'origine.  Long, mais charmant moment.  Nous étions tous dans nos couchettes vers les 19heures et 30, mais le sommeil est difficile quand on se fait brasser sur les rails.  Je sauterai ici la description des gares de départ et d'arrivé.  Chaos organisé, dans lequel on finit toujours par trouver sa voie...   ferrée.

Depuis le quatre au matin, j'habite une jolie petite chambre-maisonnette dans laquelle il y a deux lits simples, une étagère, une table ou j'ai installé un petit autel et une "boîte de méditation".  Oui oui!  Une boîte! Carrée, avec une tablette au devant pour déposer mes lectures, mon malla et tout ce qui peut inspirer mes pratiques méditatives.  Dans la boîte? Un grand coussin carré deux petits ronds...   et moi.  Vous ai-je déjà dit que je suis un chien dans le système astrologique tibétain?  Je suis donc tout à fait à l'aise dans ma boîte!!

Ce matin, en sortant du petit-déjeuner, j'ai pris la route pour me rendre vers l'ordinateur depuis lequel je vous écris ces mots et un Indien m'a sourit puis demandé, sûr de lui: China?!  J'avais pourtant mes verres-fumés roses, ceux derrière lesquels je ne peux pas cacher mes yeux.  Je les ai levé pour lui faire voir mon visage tout rose et mes yeux de "blanc", puis j'ai répondu: Canada!  On a tous les deux éclatés de rire puis on s'est donné des petites tapes affectueuses à l'épaule.  Ils sont comme ça par ici.  Tout pour établir un contact avec les autres. 

Vous me connaissez, j'ai déjà fait plein d'amis.  Deux petits moines en robes oranges (13 et 10 ans} accompagnés de leur papa, lui aussi moine Theravadin, je les rencontré à tous les jours et ils m'ont même invité dans leur très humble demeure, ne sachant plus quoi m'offrir pour montrer leur affection.  Le papa de 42 ans, tête grise, m'a longuement serré dans ses bras avec une bouffée de tendresse comme je n'en avais pas ressenti depuis mes derniers jours de vacance avec mon amour. Je me suis aussi lié d'amitié avec quelques habitants du coin dont un marchand de vêtements et de livres de 25 ans qui est marié à une belge.  Avec lui, j'ai des conversations fort sympatriques et parfois tout à fait hilarantes. Finalement, j'ai reçu l'amitié d'un jeune handicapé dont les jambes sont complètement atrophiées par la Polio et qui malgré son affliction déambule avec tant de vaillance. Uttam est âgé de 20 ans, il vend des photos et des posters près du Temple Mahaboddhi et avec lui je prend le thé à tous les jours, pour le simple bonheur d'être en sa lumineuse présence.  Sourire désarmant, beau comme un ange et des yeux bleu-vert sur un visage foncé comme le chêne.  Hier, il a demandé à m'accompagner et il a passé son temps à me répéter combien il était heureux d'être là.  Oufff! 

Ici c'est l'Inde pauvre, très pauvre!  Les mendiants bordent les chemins menants vers les temples et les garçons de tous âges courent après les touristes pour jouer au guide ou offrir des cartes postales, moyennant quelques roupies.  Jusqu'à aujourd'hui, c'était fête au village et le bruit des haut-parleurs crachant musique indienne et chant Hindous, entraient en compétition avec les douces psalmodies des moines venus de toutes les traditions et de tous les horizons.

Comment je me sens ici?  Tellement bien!  Mon lieu de résidence étant à 15 minutes de marche du lieu sacré, je m'y rend tous les matins, reviens pour dîner, puis y retourne pour passer la fin de l'après-midi.  Qu'est-ce que j'y fais?  Je contemple...  Tout!  Je m'incline, j'effectue mes pratiques méditatives et je cueille tout ce que je peux de paix et de sérénité sous l'arbre de l'Éveil, là où Sakyamuni émergea du samsara.  Vous qui n'êtes pas tous nécessairement en pays de connaissance avec toute cette "bouddhéité", veuillez excuser le fait que je m'exprime ici dans une "langue" qui ne vous est pas nécessairement familière.  Mais pour tous ceux qui ont comme moi quelques accointances avec le Dharma, disons que ce haut lieu bouddhiste qu'est Bodh-Gayâ est tellement remplit de cette force de l'esprit d'éveil, que l'on fait ici des pas de géant sur le sentier qu'on a déjà parcouru depuis la première prise de refuge.  La pratique des ngöndros effectuée ici, laisse des empreintes qui ne s'effaceront pas.

Pendant les quelques jours que je serai ici (15 au total), il y a une série d'enseignements donnée par des moines venus de différents coins d'Asie (Thaïlande, Laos, Bengladesh, Inde, Tibet) et même si l'on ne comprend pas les langues qui sont utilisées, on ressent cette beauté des mots et cette profondeur de compréhension transmise par les enseignants.  C'est comme un festival des grandes écoles de la philosophie bouddhiste.  Mon plus grand bonheur au milieu de tout ça?  Les humains que je croise et avec lesquels je m'assois, en toute sérénité et en toute paix, sous l'Arbre, ce descendant direct du grand Ficus Religiosa (boddhi tree), qui offrit l'ombre nécessaire au Prince des Sakyas, pour qu'il puisse arriver à sa grand réalisation

Rien n'existe de façon intrinsèque,
Tout existe d'origine dépendante (dependently originated). 
Il n'y a donc RIEN à quoi s'attacher et souffrir indubitablement.

Simple?  Des millions d'Êtres humains s'assoient tous les jours de leur vie pour RÉALISER cela!

Sur mon chemin j'ai trouvé un magnifique petit livre écrit par le cinéaste qui nous a donné ces deux petits bijoux de films:  The cup (La coupe)  et  Travellers and Magicians (Voyageurs et Magiciens) , Dzongkar Kyentse Norbu.  Le titre (en anglais) est  What makes you not a buddhist. On l'a traduit en français par  N'est pas bouddhiste qui veut.  À lire pour mieux comprendre le bouddhisme.  Rien de religieux comme livre, je vous rassure!  Mais remplit d'un humour qui m'a bien déridé. Voici les couvertures des deux versions:





Il est 10 heures et quinze, le climat est comme à la mi-juillet au Québec (29C et soleil brillant), mais comme il fait frais la nuit et que l'air est très sec le jour...  aucune souffrance de ménopause n'est ici possible ;-)

Voila! 
Que la sérénité trouvée ici soit contagieuse!

Pour terminer, je vous invite, si vous avez envie de faire un geste porteur d'éveil,  à prendre un moment, ce soir, pour allumer une petite bougie (et l'offrir à ce que vous trouvez de plus grand: Shiva, Jésus, Bouddha, Mahomet, Dieu, La Vie, l'Humain, etc.) et à le faire à l'intention de Jean-Pierre Dumais, décédé d'un infarctus, le 18 octobre dernier.  Je serai heureux à la pensée que vous aurez généreusement accomplit ce geste.

Avec tout mon affection,

Bonne continuité
Raymond Thundup

dimanche 31 octobre 2010

14. - J'émerge lentement...

Sortir de retraite et retourner dans ce qui "grouille" est toujours un examen de passage inévitable avant de s'engager dans ce que le bouddhisme et l'hindouisme appellent le Samsara.  J’émerge lentement!

Les trois dernières semaines ont coulé comme du sable fin entre les mains d'un gamin.  Quelque chose de puissant, de difficile à nommer, à exprimer, laisse sur mon cœur une empreinte qui ne s'effacera pas. Je le sais.  La réflexion intense et ponctuée est une semence encore plus puissante que celle du rhododendron. Elle développe des racines qui descendent jusque dans les profondeurs insoupçonnées de l'esprit.  Au sortir des dix premiers jours pendant lesquels nous avons travaillés sur des thèmes fondamentaux comme l'interdépendance des phénomènes et la vacuité (l'absence d'un intrinsèque Soi), je disais à mon professeur que je craignais ne pas retrouver ce raymond (ici le petit "r" est voulu) laissé derrière , le sept septembre dernier.  Une simple vérité, mais le drame est absent du paysage cette fois!  N'ayez crainte, je respire mieux que jamais.

Depuis deux jours, la seconde retraite est terminée et je retrouve la vie qui grouille, en bas, dans McLeod Ganj.  J'aime tellement me promener entre les petits cafés et le Monastère de Namgyal, là ou le Dalaï-Lama vit lorsqu'il n'est pas en voyage chez-nous ou ailleurs.  L'échange avec les tibétains et les gens d'ici est tellement délicieux, enrichissant.  Je pensais à vous...   presque à chaque jours, reformulant à chaque fois le vœux de vous y emmener un jour, si bien sur vous aspirez à venir ici, à la rencontre de ces "autres" et de vous même.  Nous en reparlerons au printemps 2011!!!

J'aime à penser que la vie continue et que la terre me portera vers Delhi; Que le fer me "roulera" vers Bodh-Gayâ, là ou Siddhârta réalisa cet "éveil" sur lequel on travaille tant pour extirper de nos vie l'incongruité; Que le vent d'ouest me portera vers Katmandou et que les grands courants aériens me ramèneront vers mon amour...  vers mes amours, dans cinquante jours.

D'ici là, je serai encore en retraite pour quelques jours, dans chaque lieu.  Je penserai à vous en voyant l'arbre sous lequel tous les effort humains de ce prince Shakya aboutirent à "l'Eureka!" qu'il avait si bien soupçonné.  
Plus tard, en début de décembre, je serai auprès des grands lamas que je considère comme mes guides.  Je résiderai au monastère ou Matthieu Ricard passe une partie de ses séjours Népalais. Tout près de ce grand stupa aux yeux de bouddha, je passerai une partie de mon temps à lire, à réfléchir et à rencontrer tous ces "frères" que j'ai tellement hâte de retrouver.  Ces une douce folie d'avoir ces moines, ces népalais, ces tibétains comme frères et sœurs, vraiment.  J'ai souvent ce feeling d'une famille dans laquelle je reviens, pour mieux regarnir mon cœur (mon esprit) et vous livrer à vous, les plus belles parcelles.

Voila mon sentier pour maintenant!  Je passe rarement peu de jours sans voir vos visages passer dans ma tête.  Vous me manquez toujours un brin.  Les liens que l'on tisse ne sont jamais de vaines fantaisies.  En tout cas, je suis ainsi...  Et je n'en doute jamais!

Prenez bien soin de vous!  On m'a dit que Knowlton avait reçu ses premières neiges, que le Bouddha dans la cour arrière en était tout coiffé!  Ca promet!  Comme je goûte encore à la douceur des fins d'été qui ne finissent plus, je me sens privilégié.  Il n'y aura pas d'automne pour moi.  Oh! Peut-être quelques jours en décembre, quand les vents descendront depuis les hauts glaciers jusque dans cette belle vallée de Katmandou.

 Je garderai dans mon corps quelques rayons pour vous les raconter autour d'un café chaud, le vingt-et-un décembre au soir!

Bonne continuité!

Raymond Thundup

mercredi 6 octobre 2010

13 - Pollution, populasse, "parfum particulier", voila Delhi! Mais ce chaos organisé est un spectacle merveilleux!

Au petit matin, bien avant que les deux mosquées de Leh ne crient leurs appels respectifs à la même prière,  j'avais déjà enfilé mes vêtements, brossé mes dents et fermé mes bagages.  Namgyal, le même jeune conducteur de taxi qui m'avait emmené et sorti de l'enfer il y a quelques jours, était devant l'enseigne de mon guest house, le sourire aux lèvres, à cinq heure et demi pile!  Comme j'avais déjà fait un pré-enregistrement via internet, les formalités aéroportuaires ont été de courte durée. Il faisait un peu moins froid ce matin, comme si dame nature avait voulu me donner une chance avant de rentrer dans la chaleur de la capitale.

Après un vol calme au-dessus de la chaîne himalayenne, puis des plaines du nord, nous sommes arrivés sur Delhi avec quelques 10 minutes de retard, rien pour énerver un chien méchant.  Il faisait chaud, mais surtout poussiéreux.  C'était amusant de lire sur les grands panneaux publicitaires que les sites des Jeux du Commonwealth, ont un air propre, sans fumée de tabac, bien sur!  Je me demandais justement comment les athlètes canadiens vivaient l'expérience. Il y en as sans doute quelques-uns qui trouve l'expérience difficile.  Prenez moi, ancien marathonien à la retraite depuis bientôt trois cents lunes. Moi qui arrivais d'une autre planète où je ne pouvais plus tolérer la sécheresse (ce matin encore, je remplissais des kleenex de mon bon sang), où le froid obligeait à la couverture de laine, moi qui ne supporte pas ses piquants, où la lenteur des choses avait réussie a me convertir au pas de tortue, bref...  je suis devenu huileux, suant et collant en quelques minutes à peine.  Mes longs cheveux que j'avais laissé descendre sur mes épaules depuis bientôt deux ans me devenaient insupportables dans cet air là...  et j'étais juste assis dans un taxi à me faire éventer par le courant d'air, pas sur une piste en train de me défoncer pour la gloire des gens d'en bas et l'argent des gens d'en haut.

Justement, parlons-en des gens d'en bas!  Ils étaient des milliers au kilomètre carré, à pousser des chariots, à tirer des gros sur leur rickshaws à pédales, à conduire les autres avec diligence, à se rendre au boulot, à traîner.  Parlant de traîner...    un  grand travesti est venu vers moi, vêtu d'un sari fonce, avec un sourire d'hameçon à morue.  Il m'a regardé là ou vous imaginez, m'a tendue sa main que je n'ai pas voulu prendre, puis il m'a demandé vingt roupies.  À mon refus, il est reparti en grumelant quelque chose que je n'ai pas eu la mauvaise fortune de comprendre.  On aurait dit une scène dans une pièce de Gombrowicz.   Quelques minutes plus tard j'ai aperçu devant nous, là, sur une moto, au beau milieu de ce trafic monstre sur une route à cinq voies, un conducteur accompagné d'une première femme en sari, puis d'une deuxième, toute frêle, à peine assise sur le bout du siège, qui portait son bébé nouveau-né sur ses genoux, comme un petit paquet mal ficellé qu'on serait allé ramasser dans un commerce du coin.  Dans cette chaleur incontrôlable....    j'ai eu comme un petit frisson!

Mais ne vous méprenez pas, Delhi est chaotique, ça sent la m... Partout! Mais c'est comme de vieilles roues d'engrenage bien graissées, ça tourne et ça avance!   D'ailleurs,  ça avance toujours en vue des Jeux...  Déjà commencés! (Le 4 octobre).  Des kilomètres de trottoirs, de circuits de métro, de routes en réparation, de béton d'immeubles en construction, avancent dans l'espace chaotique organisé de la grosse ville Indienne.  Vous avez déjà vu un film Bollywoodien?  Delhi  pourrait ressembler un peu a cette grosse mère Indienne en sari, presque barbue, détrempée par une trop abondante sudation, mais tellement maternelle.  C'est bien simple, cette ville vous presse contre son sein, vous laisse humer sa sueur, vous offre le spectacle de ses formes les plus insoupçonnées, puis vous regarde avec un sourire "d'acceptation".  Comment ne pas se laisser happer par tant de générosité.  C'est le moins qu'on puisse dire!

Je suis enfin arrivé dans Majnu-Ka-Tilla, le Tibetan Colony de Delhi.  Je loge désormais dans un nouvel endroit, plus accueillant que l'autre ou j'avais trop pris l'habitude d'aller.  Ama Rabsel HouseAma veut dire maman en tibétain.  Ici, il y a plein de moines, c'est propre et les dames de la réception sont d'une gentillesse et d'un efficacité qu'il fait bon retrouver lorsqu'on est un voyageur en transit.  Mes billets de bus étaient prêts et j'ai eu exactement le siège que je souhaitais.  1000 roupies l'aller-retour Delhi-Dharamsalla.  Treize heures de route à travers le Pendjab, puis le piedmont des hautes montagnes.  Moi qui passais au-dessus ce matin!  Dommage qu'on n'en soit pas encore rendu au parachutage des passagers, je serais déjà rendu!  Quand même, pour un peu moins de vingt-cinq dollars canadiens, je verrai deux fascinantes nuits indiennes depuis la fenêtre de mes autobus!  

Je serai arrivé au "pays" du Dalaï-Lama le huit, à sept heures et demi...  Si les routes sont belles!   Ça sera le sept octobre et il sera vingt-deux heures à Montréal et à Québec.  Là-bas, paix.  Journées douces-chaudes et nuits très fraîches appelant le châle...  De pashmina.   Je devrai en acheter un nouveau car j'ai oublié le mien a Montréal!  Oublie volontaire qui me fournit une excuse pour trouver une nouvelle couleur qui servira à me couvrir pour les longues journées de réflexions et de méditations qui m'attendent.

Je vous reviendrai, plus calme, peut-être plus inspiré encore. 

Prenez bien soin de vous-même!  Préparez bien la dinde et les légumes pour l'Action de Grâce!  Je serai avec vous par la voie de l'esprit...   Du cœur, comme on dit dans l'Ouest.

Thundup Raymond  ;-)

dimanche 3 octobre 2010

12 - Ah l'humour Indien!

Voici ce que j'ai lu sur les hautes routes de l'Himalaya:

Deux panneaux routiers ont retenus mon attention, ils disaient:

Darling I love you, but not so fast!

Et puis:

Please, be gentle on my curves

A vos claviers, prêts, jugez!

;-)

11 - Là où l'enfer visite parfois le parradis

Juley!

En mai 2001, avant mon premier départ vers l'Inde et ses Himalayennes montagnes, l'alpiniste québécois André Laperrière qui avait échoué l'Everest par la face nord, sans oxygène, m'avait dit:  "Il ne faut jamais compter sur sa bonne forme avec les hautes altitudes.  Trois sommets de suite, tout va bien...  Puis le quatrième..."

Voici donc une petite histoire qui se déroule au Ladakh:

Une fois c't'un gars...



Le gars en question rencontre un Israélien, puis ensemble ils font la rencontre d'une Américaine.  Bons échanges, bonnes histoires, jusque-là tout baigne dans la camaraderie. L'Américaine propose un voyage vers un lac magnifique, perdu dans le nord du Ladakh, sur le haut Plateau du Chang Tang.  85 km de long paraît-il!  Pire!  (Ou mieux...  ça dépend du lecteur) les deux-tiers du lac sont en territoire Tibétain, well...   volé par la Chine dans les années cinquante.  L'Américaine propose d'y aller en Moto, mais le gars ne conduit pas de moto et l'Israélien et l'Américaine sont trop peu sûrs d'eux-mêmes pour prendre un "back seat passenger". "Pensons-y jusqu'à ce soir" lance l'Américaine.  Ce soir là elle arrivera avec un Deal:  "Pourquoi ne pas louer les services d'un chauffeur!  $125 aller-retour, mais en deux jours!  Comme ça nous pourrons apprécier le majestueux paysage."


Le lendemain, les trois compères se rencontrent vers les huit heures.  Une mini-van les attend...  pour les emporter au paradis.

De longues heures de route s'enfilent et les montagnes apparaissent.  Le véhicule monte, monte, monte et monte sans arrêt.  La route est comme un long serpentin qui sillonne les montagnes, atteint les sommets, puis continu de monter, de monter, de monter,   Les géants de pierre de ce côté là de l'Indus doivent se réjouir d'en avaler encore quatre autres (ben oui! Quatre avec le chauffeur).  Le voyage atteint enfin une altitude où les neiges sont déjà permanentes depuis belle lurette.  Plus les kilomètres s'additionnent, plus le jour décline et plus le paysage devient majestueux.  C'est l'heure dorée sur le haut plateau.  L'air est clair, limpide.  L'oxygène est plus rare qu'en bas, à trois-miles-cinq-cent-ciquante mètres.  Ça se sent à peine.  Quelle virée magnifique.  Tout à coup, le véhicule traverse des dunes de sable.  Du beau sable gris, comme dans le désert.  Il pourrait y avoir des chameaux ici, mais ils dorment dans la vallée voisine. Oui! Oui!  Dans la vallée de la Nubra, non loin de là!

Six heures et demi de route se sont déjà écoulées et nos trois compagnons de route conduit de main sûre voient enfin apparaître la première pointe du Lac Pangong depuis le dernier sommet.  La surprise sera grandiose.  Un lac long, long à perte de vue et qui pointe vers l'envahisseur.  Au bout de sept heure et demi, la mini-van arrive enfin à une petit maison ladakhie traditionnelle. Murs de boue, toit de branches de saule dentellé de paille.  Bucolique!  C'est ici qu'il dormiront.  "Mais après tant de route il faut bien bouger un peu" dit l'Américaine.  Le gars et l'Israélien sont bien d'accord avec l'énoncé.  S'ensuivra une longue heure de marche pour chacun.

Le gars sait qu'il est fatigué, sont cœur le lui dit!  Il sent déjà sa tête lui offrir quelques craquements.  La pression atmosphérique!  L'altitude!  Quelques capelets d'Advil et un comprimé de Diamox (pour le mal de l'altitude) devraient contrer tout cela, pense-t-il.   Et hop!  Retour à la maison, petite demi-heure de méditation pour l'Israélien, petit somme pour le gars et petite lecture pour l'Américaine.  Une heure plus tard, on frappe aux portes des chambres:  un gamin ladakhi apporte des chandelles allumées, dans chacune des chambres.  Ici, pas d'électricité sauf dans la cuisine et ce, grâce à un petit panneau solaire.  C'est justement là que le gars, L'Américaine et l'Israélien traîneront leurs jambes pour manger le repas du soir:  des lentilles, du riz blanc et du choux cuit avec des patates.  Mais la fatigue gâgne le gars.  Les maux de tête le pénètre.  Ses jambes deviennent plus faibles qu'a l'habitude.


Une heure plus tard, tout le monde sera au dodo.  Il faut bien reposer ces corps s'ils veulent les emmener jusqu'en Chine...   heu...  jusqu'au Tibet.   C'est bien ce qu'ils ont communément décidé pour le lendemain.  Pour l'Américaine et l'Israélien ça sera une nuit de repos.  Pour le gars...  une nuit d'enfer!   Les malaises crâniens auront eu raison des deux médicaments.  Rien n'y fait!  Ses genoux, ses mains, ses avant-bras, ses pieds...    Et sa tête, lui feront  mal sans répit!

Le lendemain matin, même le petit déjeuner lui semble trop indigeste.  Il se contente d'un chappatti et d'un peu de confiture de fruit, arrosé d'un verre d'eau bouillie. Le deux autres compères se vautrent dans les œufs et le pain, odeurs qui lui lèvent le cœur.  Vers neuf heure, ils reprennent la route pour se diriger vers l'autre pays.  Vingt kilomètres de brasse-camarade sur une route où vous n'iriez sans doute jamais avec vos "chars".  Mais ils iront jusqu'au bout.  Sans doute pour plaire à l'Américaine qui est guide de montagne et qui n'a pas cessée de leur dire combien elle ne reviendrait peut-être jamais ici (violoncelle alto).  Le gars file trop mal pour sortir de la mini-van   Il prend donc ses images à partir de son siège, avec peine et misère.   Rendu près de la "frontière", le véhicule fait demi tour.  This is it! 

Le reste de l'histoire?

La voici:

Ils reprennent la route en sens inverse.  Heureusement que ça descend!  Le gars va très mal.  Les deux autres compères ont faim, ils veulent un pique-nique au bord du lac et l'Israélien veut son bain dans les eaux glaciales du Pangong Lake.  Un arrêt qui semblera durer deux heures au gars qui a le mal des montagnes. Trois quarts d'heure plus tard ils repartent.  Direction "maison". Les lumières sont belles, mais tellement puissantes pour les yeux de quelqu'un qui a trop de pression dans le crane. Les heures et les tours de roues s'enfilent, s'enfilent  et s'enfilent encore...  Comme autant de boutons le pourraient sur un fil de cent-ciquante-cinq kilomètres de longueur.  Le gars ne sait plus sur quel muscle de son corps il doit de fier tant ils sont tous affectés, douloureux, fatigués.  Sa tête est compressée dans l'étau des Géants de pierre qui cette fois se moquent bien de lui.  "Demain sera mieux!  I will survive!" se répète-t-il comme si c'était son nouveau mantra.

Fin de l'histoire:

Ils arriveront à Leh, six heures et demi plus tard.

Il est sept heure et demi lorsque le gars arrive à son guest-house.  Avant de se coucher, un coup de brosse à dent!  Mais le contact de la brosse sur sa langue lui fera rendre ses trois derniers repas...  Non digérés!  L'altitude a gagné!   Leh et ses environs ça va, mais milles mètres de plus et hop!  C'est comme ça cette fois!

L'Américaine s'appelle Jolie Christine, elle vient du Tennessee, l'Israélien s'appelle Tal, il vient d'une zone Israélienne ou il y a moins d'explosions, le gars s'appelle Thubten Thundup, c'est son nom local, il vient du Québec et vous le connaissez!

Comme disent mes amis tibétains:  je viens de brûler quelques mauvais Karmas...  et c'est tant mieux!

Soyez rassurés, le "gars" va très bien!  Il partira vers Delhi après demain, le six octobre, puis vers Dharamsalla, le sept au soir.  En bas là-bas...  Pas de pression!  Il sera en retraite du 10 au 30 octobre!

Je vous embrasse tous avec beaucoup d'affection ...  Pas d'infection!

...  pis excusez les fautes encore une fois!  La révision me coûte trop cher ici!

Raymond Thundup ;-)