DU 7 SEPTEMBRE AU 21 DÉCEMBRE

DU 7 SEPTEMBRE AU 21 DÉCEMBRE
Photo: Francine Lavallée, septembre 2008, au Monastère de Tiksé, Ladakh.

samedi 20 novembre 2010

17 - En route pour kathmandou!

Il était deux heures et quarante, le jeune veilleur de nuit dormait comme un rondin abandonné sous la neige au cœur de l'hiver.  Couvert par-dessus la tête de sa couverture de laine, il ne m'a ni vu, ni entendu arriver près de la porte de sortie!


Mon taxi, prépayée, était prévu pour trois heures.  Les départs internationaux sont toujours trop tôt  ici, même pour les pays limitrophes.  Le taxi ne s'est pas pointé à l'heure prévue.  J'ai du réveiller le jeune tibétain de son sommeil de bois.  Il ne savait plus comment entrer dans ma gigue du voyageur.  J'ai moi-même due trouver le numéro de la Cie de taxi!  Il a appelé...   sans succès!  J'ai du appeler à mon tour, pour finalement trouver un chauffeur lui aussi endormit.  Ah! L'automne indien!  Il est arrivé dix minutes plus tard!

La ville de Delhi est magnifique la nuit.  Personne dans les rues, ou presque!  Quelques rickshaw-walas endormis, quelques policiers qui veillent, quelques taxis qui vont vers l'aéroport, mais pas une vache, pas un chrétien!  Comme si le conducteur tardif avait voulu se racheter, il m'a fait passer par des portions de la capitale que je ne connaissais pas.  J'ai même vu les installations des Jeux du Commonwealth.  Un énorme "bien commun " qui j'espère servira aux vrai monde d'ici.

Puis je suis arrivé au terminal trois d'Indira Ghandi Airport, en avance d'une demi heure!  Pourquoi s'en faire quand il y a tant à chanter!  (Petit clin d'œil a l'envers, à la mémoire de la  Louise Forestier des années soixante-dix).  Je me suis offert un bon cappuccino.  Oui! Ils ont du vrai café en Inde, maintenant!  Ah les jeux!  Mes bagages enregistrés, je suis passé par les détecteurs et par l'officier d'immigration qui était lui aussi affecté par l'automne indien.  Même pas un rictus en coin de bouche!  Ils sont pourtant si beaux ces indiens lorsqu'ils nous montrent leurs dents dans une ouverture en banane ;-)

Si je vous écris ces mots, c'est bien que je suis passé...   de l'autre côté!   Pas de restriction!  Tout coule comme dans un ruisseau de printemps!  Je serai donc à Katmandou une journée plus tôt, parce que j'ai changé mon vol, hier, au bureau même de la compagnie Jet Airways.  Je n'ai aucun plaisir à attendre une journée de plus dans cette ville qui me reverra trois jours durant, avant mon départ pour le Québec.  Je serai donc installé au Monastère de Shechen, ou je verrai peut-être Matthieu Ricard.  J'aimerais bien passer un moment à lui parler celui-là!  J'aurai aussi le plaisir de rencontrer un moine d'origine américaine (de Seattle), référence donnée par une vieille photographe rencontrée dans le bus de Dharamsalla à Delhi, il y a trois semaines.  Puis, je retrouverai mes amis de cœur, mes frères Népalais Bijay, Manoj et tous les autres. 

Mes projets?  Plein de koras autour du Grand Stupa de Bodanath; Plein de bons arrêts au café Flavors ;  Plein de belles rencontres avec tout un chacun; Quelques heures d'enseignements avec mon mon Lama, Thubten Zopa Rinpoché;  Plein de pas où le bon temps me mènera!  
Il me reste 30 jours d'aventure et je me laisserai porter par le non-obligeant, essayant de vous trouver des mots nouveaux, pour vous offrir des images nouvelles de ce pays que j'aime tant et qui, j'espère, ne sera JAMAIS avalé par la Chine!

L'Aventure Himalayenne continue!  Dernier tiers!  Soyez du voyage! 
Il nous reste certainement quelques rendez-vous!

Depuis Delhi,  Namaskar!
Raymond Thundup

mercredi 17 novembre 2010

16 - Sous le gardenia ...

J'ai due vous citer cette phrase des dizaines de fois, mais elle me semble de plus en plus appropriée: 


"Le monde passe, pis vous autres avec!"

C'est Antonine Maillet qui déposait ses propres mots dans la bouche de la Sagouine.

Dans l'expression "le monde", on peut tout inclure: les humains, tous les êtres qui les entourent, la planète sur laquelle ils marchent, etc.  Tout ça pour vous dire que le temps passe aussi rapidement ici que dans le nord de l'Amérique ou de l'Europe, nous rapprochant tous de "quelque chose d'autre". Que cela nous chatouille l'esprit ou nous laisse complètement indifférents, nous sommes plus ou moins conscients de n'être pas éternels.

Les heures passées ici à méditer et à repousser l'ignorance de mes fondements m'ont baigné dans un parfum que je connaissais bien.  Tous les jours, sur ma longue planche de bois, je me suis allongé pour offrir tout mon corps et mon cœur à mes "entraînements de l'esprit".  Une odeur connue m'accompagnait.  Un souvenir intense de mon premier maître de méditation qui utilisait ce même parfum pour distribuer ses bénédictions en nous "balayant" la tête de son plumeau (de plumes de paon).  Une espèce de "parfum d'accompagnement", venu d'une autre époque de ma vie.  Je ne me suis pas soucié de la provenance de cette douce fragrance jusqu'au moment ou une dame est venue derrière moi pour cueillir des fleurs blanches dans le petit arbre sous lequel je me prosternais.  Pour la première fois, j'ai découvert le gardénia.  Chanel #5 peut revoir sa garde-robe, le gardénia lui est hautement supérieur! 

Ainsi, pendant les deux semaines passées ici, je n'ai vu que la lumière du soleil sur ma peau et celle qui remplissait ma tête depuis tous ces espaces méditatifs que je me suis donné.  Allez voir l'image qui a été captée il y a deux jours (16-11-2010) et que j'ai intitulée Sous l'Arbre de la Bodhi et vous verrez sans doute ce que la photographe Thaï a vue lorsque qu'elle l'a prise.  "You look great!" m'a-t-elle lancé avec un large sourire accroché aux joues. Voila comment mon séjour ici s'achève.  Je suis allé encore plus loin à la rencontre de ce "moi-même" pour réaliser à quelle point il passe, comme le monde, comme... "Vous autres avec". 

Je suis aussi allé à la rencontre des mendiants et plus particulièrement de certains d'entre eux qui, handicapés par la Polio, (...des jeunes, très jeunes!), ne demandaient rien.  Même pas une roupie.  À eux j'ai donné, pour le simple plaisir de les voir sourire, pour le simple plaisir de coller mon front contre le leur et d'échanger un Namaste!   Du plus profond de nos cœur.  Nous nous sommes rendus heureux, très heureux!  Je suis aussi allé à la rencontre des moines de toutes les traditions et plusieurs sont venus vers moi, pour parler et pour échanger de si précieuses étincelles d'amitié, motivés par un but commun:  grandir!    Je me suis laissé porter par les salutations de tant de monde que je ne connaissais pas. Des jeunes de la rue, des Indiens venus d'ailleurs, des étrangers de l'Ouest et même un petit gardien de sécurité me saluaient à tous les jours, lorsque j'entrais dans le parc du Mahabodhi Temple. Un jour, le dernier est venu me tenir compagnie (il s'ennuyait, comme moi lors de mes longues saisons mortes à la Tour de Montréal) étirant la conversation, me regardant faire mes pratiques et venant vers moi pour me donner une poignée de main chaleureuse suivie d'une grosse accolade en me disant "You are my best friend!  I sad when you go Delhi!"  Il devait certainement manquer d'amitié le grand garçon!

Ma dernière journée à Bodh-Gayâ est belle...  Et bien commencée par ce moment passé à vous donner des nouvelles.  Vive Internet! La poste ne pourrait jamais être aussi rapide!  Je m'en vais maintenant aller prendre le temps qu'il me reste ici, sous l'Arbre; puis en compagnie de certains amis d'ici, pour dîner et pour prendre le thé.  Il fait encore très chaud, je pense à votre automne et j'ai hâte d'arriver au Népal pour trouver un peu de fraîcheur et mes quelques frères qui m'attendent avec impatience.

J'offrirai des fleurs aux bouddhas pour vous tous et pour les vôtres, afin que votre esprit garde allumé le soleil que vous avez reçu l'été durant.  Je vous apporte dans mon sac à dos et je fais le vœux de vous retrouver tous, heureux et en parfaite forme l'hiver venu. Non! Ça ne sera pas mon dernier courrier, il me reste encore 33 jours d'aventure à vous raconter!

Plein se sérénité depuis l'autre bout de la terre,

Raymond Thundup  ;-)

dimanche 7 novembre 2010

15 - Bodhgaya

Dix huit heures de train en compagnie d'une petite famille venue célébrer la Diwalli, la fête des lumières, dans leur région d'origine.  Long, mais charmant moment.  Nous étions tous dans nos couchettes vers les 19heures et 30, mais le sommeil est difficile quand on se fait brasser sur les rails.  Je sauterai ici la description des gares de départ et d'arrivé.  Chaos organisé, dans lequel on finit toujours par trouver sa voie...   ferrée.

Depuis le quatre au matin, j'habite une jolie petite chambre-maisonnette dans laquelle il y a deux lits simples, une étagère, une table ou j'ai installé un petit autel et une "boîte de méditation".  Oui oui!  Une boîte! Carrée, avec une tablette au devant pour déposer mes lectures, mon malla et tout ce qui peut inspirer mes pratiques méditatives.  Dans la boîte? Un grand coussin carré deux petits ronds...   et moi.  Vous ai-je déjà dit que je suis un chien dans le système astrologique tibétain?  Je suis donc tout à fait à l'aise dans ma boîte!!

Ce matin, en sortant du petit-déjeuner, j'ai pris la route pour me rendre vers l'ordinateur depuis lequel je vous écris ces mots et un Indien m'a sourit puis demandé, sûr de lui: China?!  J'avais pourtant mes verres-fumés roses, ceux derrière lesquels je ne peux pas cacher mes yeux.  Je les ai levé pour lui faire voir mon visage tout rose et mes yeux de "blanc", puis j'ai répondu: Canada!  On a tous les deux éclatés de rire puis on s'est donné des petites tapes affectueuses à l'épaule.  Ils sont comme ça par ici.  Tout pour établir un contact avec les autres. 

Vous me connaissez, j'ai déjà fait plein d'amis.  Deux petits moines en robes oranges (13 et 10 ans} accompagnés de leur papa, lui aussi moine Theravadin, je les rencontré à tous les jours et ils m'ont même invité dans leur très humble demeure, ne sachant plus quoi m'offrir pour montrer leur affection.  Le papa de 42 ans, tête grise, m'a longuement serré dans ses bras avec une bouffée de tendresse comme je n'en avais pas ressenti depuis mes derniers jours de vacance avec mon amour. Je me suis aussi lié d'amitié avec quelques habitants du coin dont un marchand de vêtements et de livres de 25 ans qui est marié à une belge.  Avec lui, j'ai des conversations fort sympatriques et parfois tout à fait hilarantes. Finalement, j'ai reçu l'amitié d'un jeune handicapé dont les jambes sont complètement atrophiées par la Polio et qui malgré son affliction déambule avec tant de vaillance. Uttam est âgé de 20 ans, il vend des photos et des posters près du Temple Mahaboddhi et avec lui je prend le thé à tous les jours, pour le simple bonheur d'être en sa lumineuse présence.  Sourire désarmant, beau comme un ange et des yeux bleu-vert sur un visage foncé comme le chêne.  Hier, il a demandé à m'accompagner et il a passé son temps à me répéter combien il était heureux d'être là.  Oufff! 

Ici c'est l'Inde pauvre, très pauvre!  Les mendiants bordent les chemins menants vers les temples et les garçons de tous âges courent après les touristes pour jouer au guide ou offrir des cartes postales, moyennant quelques roupies.  Jusqu'à aujourd'hui, c'était fête au village et le bruit des haut-parleurs crachant musique indienne et chant Hindous, entraient en compétition avec les douces psalmodies des moines venus de toutes les traditions et de tous les horizons.

Comment je me sens ici?  Tellement bien!  Mon lieu de résidence étant à 15 minutes de marche du lieu sacré, je m'y rend tous les matins, reviens pour dîner, puis y retourne pour passer la fin de l'après-midi.  Qu'est-ce que j'y fais?  Je contemple...  Tout!  Je m'incline, j'effectue mes pratiques méditatives et je cueille tout ce que je peux de paix et de sérénité sous l'arbre de l'Éveil, là où Sakyamuni émergea du samsara.  Vous qui n'êtes pas tous nécessairement en pays de connaissance avec toute cette "bouddhéité", veuillez excuser le fait que je m'exprime ici dans une "langue" qui ne vous est pas nécessairement familière.  Mais pour tous ceux qui ont comme moi quelques accointances avec le Dharma, disons que ce haut lieu bouddhiste qu'est Bodh-Gayâ est tellement remplit de cette force de l'esprit d'éveil, que l'on fait ici des pas de géant sur le sentier qu'on a déjà parcouru depuis la première prise de refuge.  La pratique des ngöndros effectuée ici, laisse des empreintes qui ne s'effaceront pas.

Pendant les quelques jours que je serai ici (15 au total), il y a une série d'enseignements donnée par des moines venus de différents coins d'Asie (Thaïlande, Laos, Bengladesh, Inde, Tibet) et même si l'on ne comprend pas les langues qui sont utilisées, on ressent cette beauté des mots et cette profondeur de compréhension transmise par les enseignants.  C'est comme un festival des grandes écoles de la philosophie bouddhiste.  Mon plus grand bonheur au milieu de tout ça?  Les humains que je croise et avec lesquels je m'assois, en toute sérénité et en toute paix, sous l'Arbre, ce descendant direct du grand Ficus Religiosa (boddhi tree), qui offrit l'ombre nécessaire au Prince des Sakyas, pour qu'il puisse arriver à sa grand réalisation

Rien n'existe de façon intrinsèque,
Tout existe d'origine dépendante (dependently originated). 
Il n'y a donc RIEN à quoi s'attacher et souffrir indubitablement.

Simple?  Des millions d'Êtres humains s'assoient tous les jours de leur vie pour RÉALISER cela!

Sur mon chemin j'ai trouvé un magnifique petit livre écrit par le cinéaste qui nous a donné ces deux petits bijoux de films:  The cup (La coupe)  et  Travellers and Magicians (Voyageurs et Magiciens) , Dzongkar Kyentse Norbu.  Le titre (en anglais) est  What makes you not a buddhist. On l'a traduit en français par  N'est pas bouddhiste qui veut.  À lire pour mieux comprendre le bouddhisme.  Rien de religieux comme livre, je vous rassure!  Mais remplit d'un humour qui m'a bien déridé. Voici les couvertures des deux versions:





Il est 10 heures et quinze, le climat est comme à la mi-juillet au Québec (29C et soleil brillant), mais comme il fait frais la nuit et que l'air est très sec le jour...  aucune souffrance de ménopause n'est ici possible ;-)

Voila! 
Que la sérénité trouvée ici soit contagieuse!

Pour terminer, je vous invite, si vous avez envie de faire un geste porteur d'éveil,  à prendre un moment, ce soir, pour allumer une petite bougie (et l'offrir à ce que vous trouvez de plus grand: Shiva, Jésus, Bouddha, Mahomet, Dieu, La Vie, l'Humain, etc.) et à le faire à l'intention de Jean-Pierre Dumais, décédé d'un infarctus, le 18 octobre dernier.  Je serai heureux à la pensée que vous aurez généreusement accomplit ce geste.

Avec tout mon affection,

Bonne continuité
Raymond Thundup

dimanche 31 octobre 2010

14. - J'émerge lentement...

Sortir de retraite et retourner dans ce qui "grouille" est toujours un examen de passage inévitable avant de s'engager dans ce que le bouddhisme et l'hindouisme appellent le Samsara.  J’émerge lentement!

Les trois dernières semaines ont coulé comme du sable fin entre les mains d'un gamin.  Quelque chose de puissant, de difficile à nommer, à exprimer, laisse sur mon cœur une empreinte qui ne s'effacera pas. Je le sais.  La réflexion intense et ponctuée est une semence encore plus puissante que celle du rhododendron. Elle développe des racines qui descendent jusque dans les profondeurs insoupçonnées de l'esprit.  Au sortir des dix premiers jours pendant lesquels nous avons travaillés sur des thèmes fondamentaux comme l'interdépendance des phénomènes et la vacuité (l'absence d'un intrinsèque Soi), je disais à mon professeur que je craignais ne pas retrouver ce raymond (ici le petit "r" est voulu) laissé derrière , le sept septembre dernier.  Une simple vérité, mais le drame est absent du paysage cette fois!  N'ayez crainte, je respire mieux que jamais.

Depuis deux jours, la seconde retraite est terminée et je retrouve la vie qui grouille, en bas, dans McLeod Ganj.  J'aime tellement me promener entre les petits cafés et le Monastère de Namgyal, là ou le Dalaï-Lama vit lorsqu'il n'est pas en voyage chez-nous ou ailleurs.  L'échange avec les tibétains et les gens d'ici est tellement délicieux, enrichissant.  Je pensais à vous...   presque à chaque jours, reformulant à chaque fois le vœux de vous y emmener un jour, si bien sur vous aspirez à venir ici, à la rencontre de ces "autres" et de vous même.  Nous en reparlerons au printemps 2011!!!

J'aime à penser que la vie continue et que la terre me portera vers Delhi; Que le fer me "roulera" vers Bodh-Gayâ, là ou Siddhârta réalisa cet "éveil" sur lequel on travaille tant pour extirper de nos vie l'incongruité; Que le vent d'ouest me portera vers Katmandou et que les grands courants aériens me ramèneront vers mon amour...  vers mes amours, dans cinquante jours.

D'ici là, je serai encore en retraite pour quelques jours, dans chaque lieu.  Je penserai à vous en voyant l'arbre sous lequel tous les effort humains de ce prince Shakya aboutirent à "l'Eureka!" qu'il avait si bien soupçonné.  
Plus tard, en début de décembre, je serai auprès des grands lamas que je considère comme mes guides.  Je résiderai au monastère ou Matthieu Ricard passe une partie de ses séjours Népalais. Tout près de ce grand stupa aux yeux de bouddha, je passerai une partie de mon temps à lire, à réfléchir et à rencontrer tous ces "frères" que j'ai tellement hâte de retrouver.  Ces une douce folie d'avoir ces moines, ces népalais, ces tibétains comme frères et sœurs, vraiment.  J'ai souvent ce feeling d'une famille dans laquelle je reviens, pour mieux regarnir mon cœur (mon esprit) et vous livrer à vous, les plus belles parcelles.

Voila mon sentier pour maintenant!  Je passe rarement peu de jours sans voir vos visages passer dans ma tête.  Vous me manquez toujours un brin.  Les liens que l'on tisse ne sont jamais de vaines fantaisies.  En tout cas, je suis ainsi...  Et je n'en doute jamais!

Prenez bien soin de vous!  On m'a dit que Knowlton avait reçu ses premières neiges, que le Bouddha dans la cour arrière en était tout coiffé!  Ca promet!  Comme je goûte encore à la douceur des fins d'été qui ne finissent plus, je me sens privilégié.  Il n'y aura pas d'automne pour moi.  Oh! Peut-être quelques jours en décembre, quand les vents descendront depuis les hauts glaciers jusque dans cette belle vallée de Katmandou.

 Je garderai dans mon corps quelques rayons pour vous les raconter autour d'un café chaud, le vingt-et-un décembre au soir!

Bonne continuité!

Raymond Thundup

mercredi 6 octobre 2010

13 - Pollution, populasse, "parfum particulier", voila Delhi! Mais ce chaos organisé est un spectacle merveilleux!

Au petit matin, bien avant que les deux mosquées de Leh ne crient leurs appels respectifs à la même prière,  j'avais déjà enfilé mes vêtements, brossé mes dents et fermé mes bagages.  Namgyal, le même jeune conducteur de taxi qui m'avait emmené et sorti de l'enfer il y a quelques jours, était devant l'enseigne de mon guest house, le sourire aux lèvres, à cinq heure et demi pile!  Comme j'avais déjà fait un pré-enregistrement via internet, les formalités aéroportuaires ont été de courte durée. Il faisait un peu moins froid ce matin, comme si dame nature avait voulu me donner une chance avant de rentrer dans la chaleur de la capitale.

Après un vol calme au-dessus de la chaîne himalayenne, puis des plaines du nord, nous sommes arrivés sur Delhi avec quelques 10 minutes de retard, rien pour énerver un chien méchant.  Il faisait chaud, mais surtout poussiéreux.  C'était amusant de lire sur les grands panneaux publicitaires que les sites des Jeux du Commonwealth, ont un air propre, sans fumée de tabac, bien sur!  Je me demandais justement comment les athlètes canadiens vivaient l'expérience. Il y en as sans doute quelques-uns qui trouve l'expérience difficile.  Prenez moi, ancien marathonien à la retraite depuis bientôt trois cents lunes. Moi qui arrivais d'une autre planète où je ne pouvais plus tolérer la sécheresse (ce matin encore, je remplissais des kleenex de mon bon sang), où le froid obligeait à la couverture de laine, moi qui ne supporte pas ses piquants, où la lenteur des choses avait réussie a me convertir au pas de tortue, bref...  je suis devenu huileux, suant et collant en quelques minutes à peine.  Mes longs cheveux que j'avais laissé descendre sur mes épaules depuis bientôt deux ans me devenaient insupportables dans cet air là...  et j'étais juste assis dans un taxi à me faire éventer par le courant d'air, pas sur une piste en train de me défoncer pour la gloire des gens d'en bas et l'argent des gens d'en haut.

Justement, parlons-en des gens d'en bas!  Ils étaient des milliers au kilomètre carré, à pousser des chariots, à tirer des gros sur leur rickshaws à pédales, à conduire les autres avec diligence, à se rendre au boulot, à traîner.  Parlant de traîner...    un  grand travesti est venu vers moi, vêtu d'un sari fonce, avec un sourire d'hameçon à morue.  Il m'a regardé là ou vous imaginez, m'a tendue sa main que je n'ai pas voulu prendre, puis il m'a demandé vingt roupies.  À mon refus, il est reparti en grumelant quelque chose que je n'ai pas eu la mauvaise fortune de comprendre.  On aurait dit une scène dans une pièce de Gombrowicz.   Quelques minutes plus tard j'ai aperçu devant nous, là, sur une moto, au beau milieu de ce trafic monstre sur une route à cinq voies, un conducteur accompagné d'une première femme en sari, puis d'une deuxième, toute frêle, à peine assise sur le bout du siège, qui portait son bébé nouveau-né sur ses genoux, comme un petit paquet mal ficellé qu'on serait allé ramasser dans un commerce du coin.  Dans cette chaleur incontrôlable....    j'ai eu comme un petit frisson!

Mais ne vous méprenez pas, Delhi est chaotique, ça sent la m... Partout! Mais c'est comme de vieilles roues d'engrenage bien graissées, ça tourne et ça avance!   D'ailleurs,  ça avance toujours en vue des Jeux...  Déjà commencés! (Le 4 octobre).  Des kilomètres de trottoirs, de circuits de métro, de routes en réparation, de béton d'immeubles en construction, avancent dans l'espace chaotique organisé de la grosse ville Indienne.  Vous avez déjà vu un film Bollywoodien?  Delhi  pourrait ressembler un peu a cette grosse mère Indienne en sari, presque barbue, détrempée par une trop abondante sudation, mais tellement maternelle.  C'est bien simple, cette ville vous presse contre son sein, vous laisse humer sa sueur, vous offre le spectacle de ses formes les plus insoupçonnées, puis vous regarde avec un sourire "d'acceptation".  Comment ne pas se laisser happer par tant de générosité.  C'est le moins qu'on puisse dire!

Je suis enfin arrivé dans Majnu-Ka-Tilla, le Tibetan Colony de Delhi.  Je loge désormais dans un nouvel endroit, plus accueillant que l'autre ou j'avais trop pris l'habitude d'aller.  Ama Rabsel HouseAma veut dire maman en tibétain.  Ici, il y a plein de moines, c'est propre et les dames de la réception sont d'une gentillesse et d'un efficacité qu'il fait bon retrouver lorsqu'on est un voyageur en transit.  Mes billets de bus étaient prêts et j'ai eu exactement le siège que je souhaitais.  1000 roupies l'aller-retour Delhi-Dharamsalla.  Treize heures de route à travers le Pendjab, puis le piedmont des hautes montagnes.  Moi qui passais au-dessus ce matin!  Dommage qu'on n'en soit pas encore rendu au parachutage des passagers, je serais déjà rendu!  Quand même, pour un peu moins de vingt-cinq dollars canadiens, je verrai deux fascinantes nuits indiennes depuis la fenêtre de mes autobus!  

Je serai arrivé au "pays" du Dalaï-Lama le huit, à sept heures et demi...  Si les routes sont belles!   Ça sera le sept octobre et il sera vingt-deux heures à Montréal et à Québec.  Là-bas, paix.  Journées douces-chaudes et nuits très fraîches appelant le châle...  De pashmina.   Je devrai en acheter un nouveau car j'ai oublié le mien a Montréal!  Oublie volontaire qui me fournit une excuse pour trouver une nouvelle couleur qui servira à me couvrir pour les longues journées de réflexions et de méditations qui m'attendent.

Je vous reviendrai, plus calme, peut-être plus inspiré encore. 

Prenez bien soin de vous-même!  Préparez bien la dinde et les légumes pour l'Action de Grâce!  Je serai avec vous par la voie de l'esprit...   Du cœur, comme on dit dans l'Ouest.

Thundup Raymond  ;-)

dimanche 3 octobre 2010

12 - Ah l'humour Indien!

Voici ce que j'ai lu sur les hautes routes de l'Himalaya:

Deux panneaux routiers ont retenus mon attention, ils disaient:

Darling I love you, but not so fast!

Et puis:

Please, be gentle on my curves

A vos claviers, prêts, jugez!

;-)

11 - Là où l'enfer visite parfois le parradis

Juley!

En mai 2001, avant mon premier départ vers l'Inde et ses Himalayennes montagnes, l'alpiniste québécois André Laperrière qui avait échoué l'Everest par la face nord, sans oxygène, m'avait dit:  "Il ne faut jamais compter sur sa bonne forme avec les hautes altitudes.  Trois sommets de suite, tout va bien...  Puis le quatrième..."

Voici donc une petite histoire qui se déroule au Ladakh:

Une fois c't'un gars...



Le gars en question rencontre un Israélien, puis ensemble ils font la rencontre d'une Américaine.  Bons échanges, bonnes histoires, jusque-là tout baigne dans la camaraderie. L'Américaine propose un voyage vers un lac magnifique, perdu dans le nord du Ladakh, sur le haut Plateau du Chang Tang.  85 km de long paraît-il!  Pire!  (Ou mieux...  ça dépend du lecteur) les deux-tiers du lac sont en territoire Tibétain, well...   volé par la Chine dans les années cinquante.  L'Américaine propose d'y aller en Moto, mais le gars ne conduit pas de moto et l'Israélien et l'Américaine sont trop peu sûrs d'eux-mêmes pour prendre un "back seat passenger". "Pensons-y jusqu'à ce soir" lance l'Américaine.  Ce soir là elle arrivera avec un Deal:  "Pourquoi ne pas louer les services d'un chauffeur!  $125 aller-retour, mais en deux jours!  Comme ça nous pourrons apprécier le majestueux paysage."


Le lendemain, les trois compères se rencontrent vers les huit heures.  Une mini-van les attend...  pour les emporter au paradis.

De longues heures de route s'enfilent et les montagnes apparaissent.  Le véhicule monte, monte, monte et monte sans arrêt.  La route est comme un long serpentin qui sillonne les montagnes, atteint les sommets, puis continu de monter, de monter, de monter,   Les géants de pierre de ce côté là de l'Indus doivent se réjouir d'en avaler encore quatre autres (ben oui! Quatre avec le chauffeur).  Le voyage atteint enfin une altitude où les neiges sont déjà permanentes depuis belle lurette.  Plus les kilomètres s'additionnent, plus le jour décline et plus le paysage devient majestueux.  C'est l'heure dorée sur le haut plateau.  L'air est clair, limpide.  L'oxygène est plus rare qu'en bas, à trois-miles-cinq-cent-ciquante mètres.  Ça se sent à peine.  Quelle virée magnifique.  Tout à coup, le véhicule traverse des dunes de sable.  Du beau sable gris, comme dans le désert.  Il pourrait y avoir des chameaux ici, mais ils dorment dans la vallée voisine. Oui! Oui!  Dans la vallée de la Nubra, non loin de là!

Six heures et demi de route se sont déjà écoulées et nos trois compagnons de route conduit de main sûre voient enfin apparaître la première pointe du Lac Pangong depuis le dernier sommet.  La surprise sera grandiose.  Un lac long, long à perte de vue et qui pointe vers l'envahisseur.  Au bout de sept heure et demi, la mini-van arrive enfin à une petit maison ladakhie traditionnelle. Murs de boue, toit de branches de saule dentellé de paille.  Bucolique!  C'est ici qu'il dormiront.  "Mais après tant de route il faut bien bouger un peu" dit l'Américaine.  Le gars et l'Israélien sont bien d'accord avec l'énoncé.  S'ensuivra une longue heure de marche pour chacun.

Le gars sait qu'il est fatigué, sont cœur le lui dit!  Il sent déjà sa tête lui offrir quelques craquements.  La pression atmosphérique!  L'altitude!  Quelques capelets d'Advil et un comprimé de Diamox (pour le mal de l'altitude) devraient contrer tout cela, pense-t-il.   Et hop!  Retour à la maison, petite demi-heure de méditation pour l'Israélien, petit somme pour le gars et petite lecture pour l'Américaine.  Une heure plus tard, on frappe aux portes des chambres:  un gamin ladakhi apporte des chandelles allumées, dans chacune des chambres.  Ici, pas d'électricité sauf dans la cuisine et ce, grâce à un petit panneau solaire.  C'est justement là que le gars, L'Américaine et l'Israélien traîneront leurs jambes pour manger le repas du soir:  des lentilles, du riz blanc et du choux cuit avec des patates.  Mais la fatigue gâgne le gars.  Les maux de tête le pénètre.  Ses jambes deviennent plus faibles qu'a l'habitude.


Une heure plus tard, tout le monde sera au dodo.  Il faut bien reposer ces corps s'ils veulent les emmener jusqu'en Chine...   heu...  jusqu'au Tibet.   C'est bien ce qu'ils ont communément décidé pour le lendemain.  Pour l'Américaine et l'Israélien ça sera une nuit de repos.  Pour le gars...  une nuit d'enfer!   Les malaises crâniens auront eu raison des deux médicaments.  Rien n'y fait!  Ses genoux, ses mains, ses avant-bras, ses pieds...    Et sa tête, lui feront  mal sans répit!

Le lendemain matin, même le petit déjeuner lui semble trop indigeste.  Il se contente d'un chappatti et d'un peu de confiture de fruit, arrosé d'un verre d'eau bouillie. Le deux autres compères se vautrent dans les œufs et le pain, odeurs qui lui lèvent le cœur.  Vers neuf heure, ils reprennent la route pour se diriger vers l'autre pays.  Vingt kilomètres de brasse-camarade sur une route où vous n'iriez sans doute jamais avec vos "chars".  Mais ils iront jusqu'au bout.  Sans doute pour plaire à l'Américaine qui est guide de montagne et qui n'a pas cessée de leur dire combien elle ne reviendrait peut-être jamais ici (violoncelle alto).  Le gars file trop mal pour sortir de la mini-van   Il prend donc ses images à partir de son siège, avec peine et misère.   Rendu près de la "frontière", le véhicule fait demi tour.  This is it! 

Le reste de l'histoire?

La voici:

Ils reprennent la route en sens inverse.  Heureusement que ça descend!  Le gars va très mal.  Les deux autres compères ont faim, ils veulent un pique-nique au bord du lac et l'Israélien veut son bain dans les eaux glaciales du Pangong Lake.  Un arrêt qui semblera durer deux heures au gars qui a le mal des montagnes. Trois quarts d'heure plus tard ils repartent.  Direction "maison". Les lumières sont belles, mais tellement puissantes pour les yeux de quelqu'un qui a trop de pression dans le crane. Les heures et les tours de roues s'enfilent, s'enfilent  et s'enfilent encore...  Comme autant de boutons le pourraient sur un fil de cent-ciquante-cinq kilomètres de longueur.  Le gars ne sait plus sur quel muscle de son corps il doit de fier tant ils sont tous affectés, douloureux, fatigués.  Sa tête est compressée dans l'étau des Géants de pierre qui cette fois se moquent bien de lui.  "Demain sera mieux!  I will survive!" se répète-t-il comme si c'était son nouveau mantra.

Fin de l'histoire:

Ils arriveront à Leh, six heures et demi plus tard.

Il est sept heure et demi lorsque le gars arrive à son guest-house.  Avant de se coucher, un coup de brosse à dent!  Mais le contact de la brosse sur sa langue lui fera rendre ses trois derniers repas...  Non digérés!  L'altitude a gagné!   Leh et ses environs ça va, mais milles mètres de plus et hop!  C'est comme ça cette fois!

L'Américaine s'appelle Jolie Christine, elle vient du Tennessee, l'Israélien s'appelle Tal, il vient d'une zone Israélienne ou il y a moins d'explosions, le gars s'appelle Thubten Thundup, c'est son nom local, il vient du Québec et vous le connaissez!

Comme disent mes amis tibétains:  je viens de brûler quelques mauvais Karmas...  et c'est tant mieux!

Soyez rassurés, le "gars" va très bien!  Il partira vers Delhi après demain, le six octobre, puis vers Dharamsalla, le sept au soir.  En bas là-bas...  Pas de pression!  Il sera en retraite du 10 au 30 octobre!

Je vous embrasse tous avec beaucoup d'affection ...  Pas d'infection!

...  pis excusez les fautes encore une fois!  La révision me coûte trop cher ici!

Raymond Thundup ;-)

samedi 25 septembre 2010

10. - Médailles d'or ex-aequo...

Je suis de retour sur Leh.


Depuis déjà cinq jours que les nuages étaient restés accrochés aux hauts sommets, comme s'ils avaient étés enrobés de velcro de part et d'autre.  La longue saison des grands froids semblait bien arrivée.  Ce matin, à mon départ d'Hemis Shukpachan, les Géants des alentours arboraient les bonnets blancs fraîchement tricotés par Dame Nature. Il était temps que je redescende sur Leh.  Sept ou huit cent mètres plus bas quand même, ça fait quelques degrés de plus, mais il y a tout de même 3550 mètres qui me séparent du niveau zéro.  L'air est donc toujours moins riche en oxygène...   et ça me gène un peu!

Mais, à cette heure du grand remue-ménage des Jeux de Delhi, je ne vais pas noircir cette page à vous parler que du temps qu'il fait.  Il y a trop à dire sur ces Jeux "du bien commun" pour s'attarder aux changements atmosphériques.  Ici, mon discours ne portera pas non plus sur les Commonwealth Games Number XIX de New Delhi.  Non!  Il y a le "bien commun" (ou comme disent les anglais le "Common Wealth") des riches qui dépensent des fortunes pour faire avancer leurs athlètes à la manière de chevaux de course, pour le Glamour et pour le paraître-grand et il y a le "bien commun" des pauvres qui est partagé, autant se faire que peut, par toutes ces petites gens d'en bas.

J'ai passé les neuf derniers jours chez mes amis du petit village dont je vous parle depuis si longtemps.  Là où le temps semble s'être accroché, comme les nuages après les montagnes, dans une époque que même mes grands parents n'ont pas connue.  Une époque très ancienne, dans laquelle le seul modernisme des communications (télé et téléphone) est venu s'ajouter à la trame de ce temps révolu chez-nous.  Comme mes amis, j'ai pris la faucille...   Oui! Oui!  La faucille! Et j'ai couché par terre un très grands jardin de légumes, arrachant ensuite à cette terre himalayenne, les navets et les carottes qui serviront à remplir les ventres de ma grande famille adoptive pour les trois saisons à venir.  J'ai aussi charrié cent cinq sacs de paille de blé jusque dans la tasserie, pour que les bêtes aient aussi à manger pour le neuf lunes à venir.  À chacun de mes pas, à chacun de mes gestes, je sentais mon bonheur prendre les devants sur l'effort exténuant (ah l'altitude!) à la seule pense que je venais de soulager mes amis de quelques labeurs.

Pour en revenir à ces Jeux...

Ici, tout se joue au jour le jour.  Comme les oiseaux qui passent leurs journées, fébriles, à se battre avec les éléments pour gagner leur repas, leur survie, mes amis d'ici courent du matin très tôt au soir très tard, pour continuer de vivre, pour faire rouler la machine du bien commun.  C'est à Tashi et Ane Chomo (la mère de 43 ans et la vieille none bouddhiste de 66 ans) que je décerne ma médaille d'or, parce qu'ici (comme presque partout ) ce sont les femmes qui portent les fardeaux.  Des petits à faire grandir et qui un jour les laisseront seules devant les corvées pour partir au loin, étudier dans les grands livres, jusqu'aux innombrables sacs de cents livres dont elles se chargeront le dos à en user leur corps et leur cœur, c'est ELLES qui feront rouler la vie et le bien commun.  Elles partirons ainsi, tous les soir, se coucher en transportant sur l'oreiller leur fatigue dont elles ne montreront jamais ni la pointe, ni la base.  C'est pour ELLES que je suis venu mettre le bras à quelques-unes de leurs roues de corvées quotidiennes et saisonnières.  Pour les soulager, leur donner un brin de repos qu'elle n'arriveront qu'à peine à rattraper le soir venu, de toute façon.

Mais il y a des hommes buffles aussi.  Ceux-là aussi travaillent fort et repoussent les saisons tant que faire se peut.  J'en ai rencontré un encore bien plus spécial que les autres.  Mémé Wangtok est l'Amchi du village, mais aussi celui de tout un Ladakh qui lentement semble perdre contact avec cette vieille médecine du terroir que leur ont légué les descendants tibétains du Bouddha.  Il m'a invité chez-lui, comme ça, parce qu'il avait envie de partager avec moi sa sagesse et ses vues sur le monde dans lequel il vit.  
Il m'a révélé sa tristesse de voir que les ladakhis, quoique traditionnellement assez dévots, avaient perdus le message de compassion livré par l'Éveillé.  "Ils prient beaucoup, mais ils n'appliquent pas les enseignements du bouddha.  Ils deviennent égoïstes et sans attention envers les autres".  Je lui ai dis combien ce "mal étrange" existait partout ailleurs où je suis allé.  Il connaît ces ailleurs.  Il a voyagé à travers l'Europe et l'Asie pour enseigner cette médecine qui soigne en écoutant des dizaines de pouls différents et en fabricant, comme les grands apothicaires, les médecines qui seront ensuite offertes à ses patients.  Pendant un moment, je me suis pris à rêver que je pourrais le faire venir en Amérique du Nord pour qu'il partage avec nous son savoir et ses vues.  On a tant besoin de retour aux sources.

Il a cuisiné des légumes de son jardins, assaisonnés avec des herbes et des graines que l'on ne retrouve que sur ces hautes terres.  Il connaît tellement bien tout ce qui pousse ici.  C'était un délice de savourer sa nourriture et ses mots.  Au moment des au revoir, il m'a dit qu'il avait eu envie de passer un moment avec moi chez-lui, parce qu'on devait certainement avoir une vie passée en commun pour si bien se retrouver ainsi, sur la voie du cœur.  Sa vielle épouse, comme un petit chat, a suivi la conversation et le déroulement de la soirée collée sur le petit poêle à bouses de vache, s'essuyant les yeux de fatigue, mais restant souriante.  C'est son époux qui a tout fait.  Quel homme vénérable ce mémé!

Pour en revenir à ces femmes formidables, elles m'ont arraché des larmes ce matin.  C'est la plus jeune qui a parti la vague d'émotions.  Une jeune none de 26 ans, intellectuellement déficiente, qui a choisi de devenir none pour servir la communauté moniale du monastère de son village, toutes des vieilles femmes en robes rouges, puis pour servir sa famille qui en a tellement besoin.  Au moment des au revoir, elle s'est jetée dans mes bras et s'est mise à pleurer, comme une jeune fille qui voit son amant partir à la guerre, la peur au ventre de ne plus le revoir.  La douleur reconnue d'une nouvelle séparation.  J'ai fait de mon mieux pour la consoler et je suis parti vers les plus vieilles, la mère Tashi et la vieille none.  Elles m'attendaient avec tous ces présents: katas, abricots séchés, biscuits pour la route, collier d'amandes... etc.  J'avais les yeux mouillés.  Je reviendrai peut-être, leur ai-je dis, le doute plus grand que jamais auparavant.  C'est à elles que je donne toutes mes médailles d'or à l'occasion de ces Jeux Du Bien Commun.  Quand à ceux du "Common Wealth"...   les riches s'en déchargent bien!

Pour vous mettre au parfum de l'Inde, vous pourrez toujours allumer votre télévision sur ces jeux, mais c'est à côté de ces derniers que se trouve l'Inde!

Bonne fin de septembre
Raymond Thundup

mercredi 15 septembre 2010

9 - Du fanatisme musulman et de celui des americains...

Si Pauline avait l'âme à la tendresse, ce matin je l'ai plutôt à la tristesse.  J'ai  eu beau aller faire quelques koras autour du monastère bouddhiste de Leh en récitant des mantras, je n'arrive pas à me défaire de cette désolation qui m'envahit depuis quelques heures. 

Quelques jours avant de quitter "l'Amérique" (ben oui, figurez vous qu'on habite l'Amérique... du Nord et qu'on a droit de se réclamer d'êtres des "américains", même s'ils se sont appropriés de cette "nationalité continentale"), je savais que quelque chose d'états-uniens plutôt pisse-vinaigre, allait faire cracher de la haine aux musulmans du monde entier, mais au Ladakh...

Ce matin, alors que je me rendais dans mon petit restaurant préféré pour une crêpe aux bananes et un petit thé au lait, j'étais plutôt étonné que le jeune serveur me demande de m'ôter de la fenêtre et de m'asseoir hors de vue, dans le fond.  J'acceptai, comprenant qu'il y aurait un événement musulman dans la rue, juste en face.   "I think someone died...  I don't know" me dit le serveur.  Peu de temps après avoir reçu et commencé à manger mon petit-déj, des bruits se propagèrent depuis la rue, juste en bas.  On aurait dit des slogans scandés par une foule.  Sans doute criaient-ils leur perte.  Ils sont parfois un brin exubérants ces "muslims".   Comme les bruits approchaient et que la foule semblait réellement emprunter Main Bazar sur laquelle mon restau se trouve, j'enfilai le reste de mon thé et descendai vers la rue pour voir.

Vous vous souvenez de ce fou de prédicateur américain qui a invité ses fidèles à brûler un Coran?

Ils étaient des centaines dans la rue.  Des Musulmans, quelques ladakhis parmi eux, scandaient des slogans comme "America Shame Shame"  (Amérique Honte! Honte!).  Devant eux, des Imams à la barbe blanche, des Imams à la barbe noire, des visages aux traits cachemiris.  Ils portaient une bannière sur laquelle on pouvait lire:  We denounce the assult on the Holy Qoran by America  (ici, je n'ai pas changé une seule lettre de l'orthographe) .   Sur des pancartes on lisait:  America Enemy of Peace .   J'avais la mort dans l'âme.   De la guerre, encore de la guerre rien que de la guerre!  Guerre de pensés, de gestes, guerre de mots et de bêtise humaine.  Tout ça parce qu'un prédicateur à la con a posé un geste que les autorités états-uniennes n'ont pas cru bon d'empêcher.  Apres ça, les idiots, ils demanderont de vive voix aux Nations-Unies de débarquer en Iran?

Je suis triste.  Encore plus triste parce qu'en me promenant dans Leh, j'ai constaté que tout, TOUT est FERMÉ !  "Par solidarité", m'a dit une ladakhie !!!  "Because we're together".  Vous perdez l'argent de touristes non-américains, pendant des heures, "because of a stupid, isolated, american priest!" lui ai-je répliqué avec un sourire fait de compassion et d'indignation. C'est à ce moment là que je me suis mis en route vers le cybercafé "fermé" le plus proche, pour vous rapporter l'événement.  J'aurais aimé joindre une photo de cette manif avec ma lettre, mais comme les communications se font par satellite, on ne peut charger ou décharger quelque fichier sur internet.  Je vous les enverrai plus tard, depuis Dharamsalla, si ça m'est possible.

Pour terminer, si vous voyez une pétition sur le net qui demande la réclusion de cet "american preacher", pppplleeeeaaaasse   signez-la de mon nom et en mon nom.  Je vous en serai plus que reconnaissant!

Autre propos,

Demain, à  4:30 am hre de Montréal, je prendrai bel et bien la route tortueuse et falaiseuse qui mène à mon petit village himalayen.  J'y serai pour une bonne grosse semaine, peut-être un peu plus, selon le travail à faire sur la fin des récoltes et du "treshing".  Je serai donc "hors toile" pour un temps.

En attendant, que la vie vous soit généreuse en douceurs de toutes sortes.

Affectionneusement,
Thundup Raymond